Lorsque les Pémanes arrivèrent en Famenne , ils étaient quelque peu en retard: les autres barbares étaient partis envahir plus loin, Alaric avait déjà pillé Rome et les Vandales étaient en Afrique du nord. Ils sont comme ça Les Pémanes, courageux, obstinés, mais un peu lents au démarrage. Mais la région leur plaisait bien et ils n’avaient plus tellement l’intention d’aller plus loin.

Seulement, le Grand-Duc André avait eu tout le temps de renforcer les murailles de sa bonne ville de Marche et Les Pémanes s’y cassèrent les dents. Ils envisageaient déjà un siège long et difficile mais leur chef, le grand chef Jame’s O’Den, décida de négocier. Le grand chef André,
rusé comme un hanneton, vit là une occasion dans laquelle il s’engouffra ( et ce n’est pas facile, nenni, de s’engouffrer dans une occasion, mais il fait ça,tout le temps, le Grand-Duc André, c’est comme un don chez lui ). Donc, le Grand-Duc André proposa ceci à James O’Den : si celui-ci et ses Pémanes accomplissaient trois tâches , ils pourraient s’établir en Godilande, un territoire peu peuplé à l’ouest de Marche.

Tope-là! Les Pémanes étaient partants.

La première tâche n’était pas trop ardue : il fallait se débarrasser du grand laid serpent de la noire eau ( » li grand laid viér dol neure éwe  » ) qui habitait au marais au nord de la Godilande. Les Pémanes lui tombèrent sur le paltot, le coupèrent en rondelles, le firent cuire, le mangèrent et envoyèrent sa tête au Grand-Duc André qui faillit s’étouffer avec son wastè du matin.

La deuxième tâche était un poil plus difficile : il fallait mettre hors d’état de nuire le grand géant de la grande tour de la Famenne. Celui-ci rançonnait tout qui passait à proximité de sa tour et nuisait au commerce. Les Pémanes encerclèrent le géant et le criblèrent de flèches, le géant se réfugia dans sa tour, réputée inviolable. Les Pémanes la démolirent pierre par pierre et capturèrent le géant. Ils le livrèrent au Grand-Duc qui en fit cadeau à son ami, seigneur de Wellin.

La troisième tâche semblait une formalité: capturer le Godi sauvage qui ravageait le Gerny. Mais bernique : après des nuits et des nuits de traques et de veilles, pas moyen d’attraper le vieux godi. Il déjouait tous les pièges, il anticipait toutes les ruses. Alors James O’Den s’en alla trouver la blonde Clairette, la macrâle qui habitait au commencement de la longue voie. Elle lui donna une recette magique, celle de la « crôsse djote ». Les Pémanes en firent une pleine casserole, puis ils construisirent sur le Gerny une « fosse à loup » suivant les plans de l’ingénieux concepteur Fanfan l’imposant. Le Godi ne put résister au fumet de la djote et tomba dans la fosse. Les Pémanes le capturèrent, l’apprivoisèrent et en firent leur animal fétiche.

Le Grand-Duc André tint parole: les Pémanes s’installèrent en Godilande. Comme leur chef commençait toutes ses phrases par « I ,James O’Den », les Marchois, toujours moqueurs, appelèrent comme cela leur deux villages. Avec le temps  » I James O’Den  » devint peu à peu « Aye-Jamodenne ».

Et voilà toute l’histoire.

Encore deux choses: Les Pémanes inventèrent une formidable liqueur à base de prunelles de noisettes et de bouton d’aubépine. C’est tellement bon qu’on l’appela « la Goutte royale ».

Enfin il parait qu’il existe toujours un Pémane pur et dur; il s’appelle Jules; il fait encore  » dol grosse sope  » et connaît le secret du vin d’épine.